Quand l'éducation spécialisée libérale bouscule les représentations que l'Institution a des familles

Une fois n'est pas coutume, mais trop c'est trop !! J'ai besoin d'exprimer mon ras-le-bol sur un point crucial de l'exercice de mon métier d'éduc en libéral. Encore en pleine constitution de mon réseau pour rester visible auprès des publics désireux d'obtenir de l'aide d'un bon professionnel formé, qualifié, et expérimenté ( c'est ce que je pense être en tout cas ), je contacte bon nombre de médecins, d'enseignants, de directeurs d'école, de CPE, de psychologues. Pour la plupart ce sont des professionnels de l'Est Parisien, banlieue comprise, parce que c'est là que je suis implantée, et parce que ce sont des secteurs que je connais parfaitement, y ayant travaillé durant 13 ans.


De façon quasi unanime mon projet d'accompagnement est très bien accueilli par ces mêmes professionnels, ils m'encouragent, me disent "qu'il en faut des gens comme vous", qu'il y a de gros besoins dans ce domaine, ça va aider plein de gens, etc etc...

Et puis vient la question des finances, ce qui est parfaitement naturel.

Et c'est là une farandole de réactions qui me mettent hors de moi... Je ne m'attarderai même pas à développer les " ah oui vous faites payer les gens ???"

J'ai envie de leur répondre qu'il faut bien que je finance l'entretien de ma piscine dans mon parc de 3 hectares, et que je paye les assurances de mes 3 cabriolets !

Bref passons 😤

Non en fait mon coup de gueule concerne les réactions de tous ceux qui ( souvenez-vous des éloges sur mon projet, ce sont les mêmes personnes ) me répondent : " JE NE PEUX PAS PROPOSER VOS SERVICES A CES FAMILLES " Ah oui ? Mais pourquoi donc ? 🤔 Parce que les familles de leur secteur n'ont, selon des représentations qui n'appartiennent qu'à eux, pas les moyens de mettre de l'argent dans un accompagnement éducatif... Et toujours selon leurs représentations ( et donc leurs certitudes sur les choix d'une famille à qui l'on a toujours rien demandé ) ils préfèrent rencontrer la psychologue scolaire, aller au CMP ou l'aide sociale à l'enfance, car c'est gratuit...nous y voilà ! C'est bien connaître les parents que de s'imaginer qu'ils préfèrent l'ASE !

Dans ces moments là je respire profondément pour ne pas me laisser emporter par la colère et rétorque gentiment " tentez quand-même, ils peuvent vous surprendre !" Alors qu'en fait j'ai juste envie de leur répondre ( ou d'hurler...d'où mon abstention...) "Ne pensez-vous pas que c'est à eux de décider, et que si on ne leur dit jamais qu'ils ont, eux aussi, la possibilité d'investir dans un budget pour l'éducation de leur enfant, ils ne le feront jamais ?

Et qu'ils ne sont pas obligés d'être assistés par l'Etat juste parce que leur fils à quelques colères depuis trois semaines, ou que leur fille a une chute des notes depuis la rentrée en seconde ( juste le lot de la grande majorité des parents quoi...). Qu'ils ne sont pas obligés de voir leur vie étalée au grand jour au moment de la réunion pluridisciplinaire de l'école de leur enfant ? Qu'ils ne sont pas obligés de craindre d'être dans le viseur de l'Aide Sociale à l'enfance ou du Juge des enfants ? ( Non pas que ce soit une réalité, mais c'est bien souvent une crainte, et donc un frein pour demander de l'aide ). Qu'ils ne sont pas obligés d'attendre 6 mois à 1 an pour qu'un éducateur qu'ils ne connaissent pas leur donne rdv dans un bureau ? Que oui, il est vrai que c'est un budget, ( qui cherchera vraiment à se renseigner saura qu'une consultation représente 3% d'un seul SMIC. Pour que l'accompagnement soit de qualité, 2 consultations par mois sont requises, soit 6% d'un SMIC ) mais que vous les sentez investi dans l'éducation de leur enfant. Qu'ils vous a semblé opportun de juste leur proposer, et d'en discuter ensemble si besoin. Et que mieux vaut prévenir que guérir en ne prenant pas le risque de leur imposer un signalement, si dans six mois la situation s'est dégradée. Et attention, j'en vois déjà bondir certains ! Je ne prétends pas que mon accompagnement soit meilleur que celui d'un service éducatif. Comment le pourrais-je ? J'ai moi-même été" l'éduc du bureau qu'ils n'ont pas choisie", et mon travail était fait de la même qualité. Non le propos n'est pas la !


Il se situe dans la liberté de chacun !


La liberté de choisir, la liberté de refuser ou au moins de prendre le temps d'y réfléchir, la liberté de faire un essai, la liberté d'investir là où bon leur semble, la liberté de prendre du recul avec l'institution lorsqu'ils sont en désaccord en s'adressant à un professionnel qui les représentera eux, la liberté de faire alliance avec un professionnel de leur choix, la liberté de tout arrêter si l'accompagnement n'est pas à la hauteur de leurs attentes, etc...

Mon expérience dans le libéral me permet aujourd'hui de l'affirmer ; je ne suis pas l'éduc de l'élite comme certains se l'imaginent ( ce qui ne me gêne pas non plus, parce qu'un enfant qui souffre reste un enfant qui souffre quelle que soit la matière de la cuillère qu'il tient dans sa bouche). Les familles que j'accompagne restent exactement les mêmes que celles que nous accompagnons dans les services éducatifs dans l'Est Parisien et sa banlieue ! Rien n'a changé !

Rien ? Ah si pardon...! Ces familles sont engagées dans un processus, un cadre d'intervention qu'elles ont choisi, elles maîtrisent la situation, peuvent dire oui et peuvent dire non, et se laissent aider grâce à la relation d'altérité avec le professionnel de leur choix...et c'est une belle différence qui mérite qu'un professionnel s'y attarde, non ?


Que ceux qui se reconnaissent à travers mon petit coup de gueule ( franchement pas bien méchant finalement ), prennent juste le temps d'y réfléchir, puisqu'ils en ont , eux aussi, la liberté. N'enfermons pas les familles dans nos représentations de ce qu'elles sont prêtes à s'offrir ou pas, prenons juste le temps de leur restituer le pouvoir de choisir, car c'est aussi une forme de respect, de considération à leur égard.

C'est leur offrir le plus beau des reflets.


Elsa DILMI

484 vues0 commentaire