L'éduc libéral.e, seul.e au monde ?

Avant de me lancer dans le travail social libéral, j'ai lu quantité d'articles sur le sujet, et dévoré silencieusement l'ensemble des forums entre éducs #prolibéraux et les éducs #lelibéralcestmal, dont les échanges finissaient parfois par de grandes engueulades à cause du sujet qui fâche : l'absence de travail en équipe.


Je lisais des choses du genre " C'est dangereux le libéral...personne ne devrait travailler seul... Tu es tout-puissant et tu peux décider de tout et n'importe quoi ! Surtout n'importe quoi...Et puis comment tu fais pour réfléchir ? Et comment tu analyses une situation ? Tu as personne vers qui te tourner quand tu as un problème ! "


Donc à la lecture de toute cette littérature, moi je me disais :

"Mais comment je vais tenir ? 😱 Le travail en équipe c'est...ma vie !"

Dans la ( longue ) liste de mes kiffs du boulot d'éduc se trouve le travail en équipe ( rho la fayotte..c'est dans le référentiel...), mais si si c'est vrai !


Déjà parce que j'aime le café, boisson officielle de la fédération des éducateurs

( les buveurs de thé sont acceptés s'ils acceptent de préparer le café 😜)


Ensuite parce que j'aime retrouver mon équipe pour debriefer de long en large en travers et diagonal lorsque je sors d'une VAD, et ce en toutes circonstances : quand ça s'est bien passé, quand c'était l'enfer, quand une révélation ( type secret de famille, ou annonce que l'internat a validé le dossier, ou encore qu'on a échappé au conseil de disc' ) apporte un tournant à l'accompagnement, quand je reviens bredouille parce que le jeune ou la famille m'a mis un lapin pour la 9eme fois ( pardon Madame Elsa on croyait que c'était hier le rdv ), ou tout simplement parce que mes collègues sont mes rayons de soleil au mois de novembre ( j'ai déjà quitté un poste de rêve au bout de 3 jours juste parce que l'équipe faisait la gueule 🤪 ).



Pour toutes ces raisons, ( et non parce que je ne sais pas réfléchir seule 🤤 ) je prête une très grande attention à cet aspect en restant en contact permanent avec des professionnels que j'ai choisis, et j'ai longtemps financé moi-même une supervision.

Je n'en dirais pas plus sur mes méthodes de travail car ce n'est pas l'objet de cet article.


Mais alors, quel est-il ? : le sentiment d'être seule, abandonnée par les équipes qui font appel à mes prestations, et ce dans la plupart de mes accompagnements.


Oui c'est ironique quand on y pense... Au départ je me disais que j'allais prouver qu'on pouvait être indépendant, mais coordonné avec l'ensemble des protagonistes 💪🏼🤓


Mais je réalise qu'au final tout le monde s'en fout...

Quand je téléphone aux référents pour rendre compte de l'évolution de la personne, mais aussi pour questionner mes pratiques : légère impression que je suis gonflante à vouloir échanger sur une situation qui roule.


Pas mal de rdv ne sont pas honorés, des appels en absence qui restent...des appels en absence ( 🎶 sur insta je suis en vue 🎶 😬 ) des partenaires qui interviennent auprès des mêmes jeunes que moi mais que je ne pourrai jamais rencontrer puisque ce n'est pas prévu, des décisions déterminantes dont on ne m'informe pas...Le vide intersidéral !



Pour l'anecdote, cette semaine j'apprends par un parent que le mineur que j'accompagne va être placé. Je suis la seule éducatrice qui fasse des VAD, avec une prise en charge de 7h par semaine.


Un coup de fil pour me prévenir ? Un écrit à rendre pour savoir dans quelle situation évolue le jeune peut-être ?


Non. Rien.


Ah si, un rdv téléphonique ( que j'ai obtenu en remerciant beaucoup ), mais personne ne m'a finalement répondu.


Je sais que je ne suis pas la seule à vivre ça, et que c'est une des difficultés majeures dans le travail libéral.


Sans compter ceux qui oublient de régler ta prestation, qui annulent 15 minutes avant une intervention, ou qui ne comprennent pas que tu factures ta participation à une réunion...alors que tout le monde autour de la table touche un salaire pour être là, sauf toi !

Dans ces moments j'ai vraiment envie de leur proposer une réunion dimanche matin, comme ça, pas de jaloux !




Alors je réfléchis, je discute, j'interroge...

Est-ce que dans certains cas les travailleurs sociaux libéraux seraient perçus ou considérés uniquement comme des sous-traitants du boulot que les institutions n'ont pas le temps de réaliser ? Ou de simples exécutants qui n'ont rien à apporter d'autres qu'une heure de prestation, sans avis, sans réflexion ?


Non franchement ça je n'y crois pas. Ce serait trop facile, et méchant de ma part.


Peut-être simplement les institutions ont-elles exactement le même problème au sein de leurs équipes ? D'une strate à l'autre de l'entreprise, un manque de communication, de consultation, de confiance, et de reconnaissance...ce qui ferait de moi ( du moins mon travail ), un simple dommage collatéral d'un

dysfonctionnement vieux comme le monde dans les institutions françaises ?!?! 🤔🤔


Si j'avais l'intention d'y échapper en choisissant le travail social libéral, disons que...c'est loupé ! ( pour l'instant 😉🤫 )


Pour cet article je n'ai pas de conclusion affirmative à apporter, parce que je le veux vivant, ouvert, et incomplet.

Conclure serait aussi prétendre comprendre un monde que je découvre à peine, alors que d'autres sont arrivés bien avant moi, et que je ne voudrais pas les empêcher de m'éclairer de leur lumière.


Alors qui saurait où est le bouton pour y voir plus clair ? 💡 💡 💡


Elsa DILMI












417 vues0 commentaire