Harcèlement scolaire : l'escalade de la violence

Dernière mise à jour : 29 déc. 2020




Avez-vous déjà entendu parlé de la série "13 reasons why" ?

Il est question de harcèlement scolaire entre élèves.

Harcelée, la jeune Hannah règle ses comptes post-mortem, grâce à des enregistrements audio où elle raconte jour après jour son calvaire.

C'est ainsi que l'on découvre comment le processus du harcèlement se met en place.

Parmi les nombreux effets pervers intrinsèques au phénomène, le silence de la victime est particulièrement mis en scène dans cette série.

Une désagréable sensation d'oppression s'installe au fil des épisodes.

Il est évident que la violence verbale, morale et physique des harceleurs provoquent de la colère chez le spectateur...mais pas que.

Et c'est ça qui est intéressant.


A la mesure que les harceleurs se montrent plus agressifs et plus pervers que jamais, on se heurte au silence de l'héroïne malheureuse, à son comportement d'évitement, à ses tentatives vaines de chercher à tout arranger en se montrant aussi gentille que compréhensive, face à l'inacceptable.


C'est un phénomène que j'observe très souvent dans les situations de harcèlement, laissant l'entourage dans l'incompréhension.


En tant que téléspectateurs, le sentiment de colère ressenti est très intéressant. Il renvoi parfaitement aux tentatives d'interventions de l'entourage des enfants pris pour cible.


Souvent un ami va lui demander "Mais pourquoi tu ne fais rien ?", un prof témoin dira "Tu leur donnes raison si tu leur obéis comme ça...", "et un parent ajoutera "Défends toi bon sang !".


Ce mécanisme est appelé les "escalades complémentaires" par Grégory BATESON (anthropologue) et est repris par Marie QUARTIER, thérapeute et auteur du livre "Harcèlement à l'école" (Eyrolles).


Elle fait le parallèle avec les relations de couple du type "Violence/Soumission", ou encore dans les relations d'aide "Assistance/Dépendance".


Cette stratégie est mise en place par la victime qui pense réussir à calmer la situation si elle n'agit pas, ou si elle accepte de répondre aux injonctions des élèves qui cherchent à la dominer.


Dans certains cas cela peut fonctionner, mais dans le cas d'Hannah, et de beaucoup d'autres victimes de harcèlement, cela renforce la domination et l'assurance des intimidateurs, tandis que la victime s'enlise de jour en jour dans la soumission, le silence et la peur.

Plus l'écart se creuse, moins la situation n'aura de chance de s'améliorer. Demander à la victime de réagir renforce son sentiment d'échec et la haine de soi, tout en donnant du pouvoir aux intimidateurs qui le ressentent.


Soutenir un enfant ou un ado à renverser la situation peut être complexe, et l'intervention d'une tierce personne spécialisée est vivement recommandé.

Une des méthodes d'accompagnement sur le marché du harcèlement se focalise uniquement sur cet aspect. L'idée étant d'exercer l'enfant harcelé à l'art de la repartie.


Bien que cette méthode puisse être en partie très efficace pour certains, je la pense incomplète et même risquée pour d'autres.


Pour comprendre ce qui alimente la violence dans les cours d'école, il est important d'interroger l'ensemble du contexte dans une situation de harcèlement : où sont et que disent les adultes de l'établissement, comment réagit l'enfant face aux attaques, quelle est l'ambiance dans la classe, comment interviennent les parents, quel est l'investissement du Chef d'établissement, etc...


Je crois nécessaire d'accompagner l'enfant ET ses parents, à la compréhension des interactions entre les individus, que ce soit dans un contexte de harcèlement ou dans toute forme de conflit. C'est pour toute sa vie qu'il en gardera le souvenir.


Très souvent, j'interroge les parents sur ce qu'ils autorisent comme réponse à la violence.

Ces derniers évoquent leur volonté de transmettre des règles où la violence est prohibée, quelque soit le contexte.


"Je lui dis de ne pas répondre",

"Le matin je lui rappelle de ne pas rester à côté de ceux qui l'embêtent et de trouver d'autres copains"

"Je lui demande d'aller prévenir un adulte s'ilse fait embêter "


Mais alors...comment doit-il réagir si les autres le cherchent malgré tout, si l'adulte lui dit que c'est mal de rapporter, si sa seule façon de ne pas passer des journées entières tout seul est de rester avec ceux qui le harcèlent ?


Être gentil, respectueux et non-violent sont des qualités et des valeurs indispensables à l'éducation d'un futur adulte éclairé.

Toutefois elles sont tout aussi importantes que de mettre des limites à la violence imposée par les autres. Le respect des autres est essentiel, mais l'amour de soi est vital.


Apprendre à savoir dire non, et à se défendre tout seul quand les adultes sont défaillants.

Il peut aussi s'agir de parvenir à s'extraire d'une relation amicale nuisible. Reconnaître que cet ami n'en est pas un, apprendre à couper les liens au risque de se retrouver seul quelques jours, en attendant que d'autres plus sympas se frayent un chemin jusqu'à lui.

C'est à l'enfant de décider comment il s'y prendra. Il y a peut-être même déjà pensé.


Autoriser à réagir peut parfois désamorcer bien des situations car c'est ainsi que l'on impose ses limites dans les relations.


Pas si simple je le reconnais ! C'est pourquoi j'invite parfois les familles à y réfléchir ensemble.

Que papa, maman, les frères les sœurs s'impliquent car cela renforce le sentiment

d'appartenance à un "clan" et fait au passage un joli pied de nez au sentiment d'isolement provoqué par les autres.


Attention, lorsqu'un enfant dit ne pas être à l'aise avec l'idée de mettre des limites aux autres, n'insistez absolument pas, et contactez un professionnel pour vous accompagner au mieux dans cette situation.

Une aide extérieure permet parfois de comprendre un fonctionnement trop difficile à percevoir seul.


Elsa DILMI

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