Faut-il faire se faire justice quand l'école ne réagit pas au harcèlement scolaire de votre enfant ?


⚠️ Attention : uniquement dans les cas où il ne s'agit PAS d'agressions physiques graves, ou dans le cas de partage de photos intimes (sexting)

Comme je l'écrivais dans un précédent article, il est très difficile pour un enfant de briser le silence du harcèlement. En plus de la honte que cela comporte, il y a la peur immense d'aggraver la situation. Pour mieux comprendre cette règle, je vous propose de partager cette histoire vraie dont je préserve l'anonymat en changeant les prénoms.

Sarah est une belle jeune fille de 14 ans, aux cheveux bruns et très bouclés. Elle est en classe de 4ème dans un petit collège.

Il lui arrive d'être un peu maladroite dans ses relations avec ses pairs, en créant des petites rivalités au sein de son groupe d'amies.

L'une d'entre elles cherche à reprendre le contrôle de la situation et commence à se moquer de sa chevelure, qui pourtant fait la beauté de Sarah.

Les autres la suivent et inventent tout un tas de surnoms, si bien qu'en quelques semaines tout le collège, y compris des élèves qu'elle ne connait pas, la surnomme "grosse touffe ", ou encore "gouffa", métaphore de la touffe de cheveux en arabe.

Sarah est dépassée par la situation et ne réagit pas. Comment le peut-elle ? Aucun élève ne l'épargne.

Bientôt elle n'a plus personne avec qui discuter dans la cour, et même ses amies les plus proches préfèrent l'éviter car il n'est plus très populaire de s'afficher auprès de Sarah, voire même dangereux pour sa propre réputation.


L'adolescente manque un peu l'école. A sa mère elle raconte avoir mal au ventre, puis à la tête, et ne sait plus quoi inventer quand le médecin ne trouve rien.

A vrai dire, Sarah qui est l'aînée de sa fratrie, s'entend très bien avec sa maman. Elles sont complices, et la jeune fille sait qu'elle peut se confier à elle. Pourtant elle se sent empêcher de lui raconter le calvaire de ces dernières semaines.

Pourquoi ??

Parce que sa maman n'est pas du genre à se laisser faire, elle. Pourtant douce avec ceux qu'elle aime, c'est une femme au caractère certain, une "maman lionne".

Sarah se dit 2 choses :

1- Maman, elle, ne se serait jamais laissée faire à ma place. Je me sens honteuse de ne pas être à la hauteur. Je risque de la décevoir.

2- Je sais combien maman m'aime, et lorsqu'elle apprendra ce qui m'arrive, elle débarquera dans mon école, et j'aurai la honte de ma vie. Je perdrai le peu de dignité qu'il me reste. Les filles vont me le faire payer.

Mais la mère de Sarah remarque que quelque chose ne va pas. Elle questionne sa fille et finit par découvrir la vérité.

Elle est bouleversée...Comment n'a t-elle rien vu ? Elle s'en veut et se promet de rétablir la situation elle même.

Sarah la supplie de ne pas aller en parler au collège mais n'arrive pas à argumenter sur les raisons qui lui font si peur.

A ce stade on peut imaginer que l'adolescente n'a pas un lien de sécurité avec les adultes de son collège. Peut-être à t-elle déjà assisté à une situation d'injustice, ou a t-elle remarqué que les professeurs et les surveillants tournent les yeux lorsqu'ils surprennent des élèves l'insulter ?


Sa mère la rassure en lui promettant que tout ira bien, qu'elle ne doit pas avoir peur.

Cette dernière se rend au collège, un samedi midi. Elle rencontre la Vie scolaire de l'établissement qui lui dit n'avoir rien remarqué. Ils ajoutent enfin que ce ne sont que des histoires de collégiennes, et que tout rentrera dans l'ordre. Ils conseillent à la maman de Sarah de laisser couler.

Si l'établissement de votre enfant nie en bloc le harcèlement, et que cela vous plonge aussi dans le doute, n'hésitez pas à utiliser ce petit guide qui répertorie tous les signaux du harcèlement scolaire.


Le sentiment d'impunité qu'elle ressent est tellement fort à ce moment là, qu'elle décide d'aller trouver le groupe de filles à la sortie, les choppe et les met en garde. "Maintenant ça suffit ! Vous allez laisser Sarah tranquille ! Ou vous aurez à faire à moi ! Vos parents savent les horreurs dont vous êtes capables ? Je vais les appeler si ca continue!"

Les jours suivants, Sarah n'entend plus aucune moquerie. Les choses se sont apaisées. Elle peut enfin déambuler dans les couloirs sans se faire insulter, et deux copines la réintègrent même dans leur petit groupe.

En rentrant le soir elle est heureuse de raconter à sa maman comme tout s'est arrangé. Elle est même invitée à venir à la patinoire avec ses anciennes copines.

Sarah se fait belle le jour de la sortie, sa mère et elle sont toute excitées à l'idée de cette vie qui redémarre comme avant.

La jeune fille part en transports à la patinoire, qui est assez loin de chez elle. En arrivant sur place, il n'y a personne. Elle sort son téléphone pour appeler ses amies, et découvre qu'elle a plein de messages.

Ce sont des photos du groupe, dans un parc d'attraction. Il est écrit: "tu expliqueras à ta maman qu'on s'éclate mieux sans ta sale gueule".

Sarah est brisée, son souffle est coupé, ses oreilles sifflent, elle finit par perdre connaissance. Elle se relève, seule, et se jure une chose: je n'en parlerai plus à personne.


C'est ainsi que Sarah, élève enthousiaste et au parcours scolaire assez remarquable, est venue consulter pour une phobie scolaire.

Concernant sa mère, qu'aurait-elle pu faire différemment ? Il me semble que vouloir protéger son enfant est une réaction tout à fait naturelle et qu'il n'y a rien à lui reprocher.

Réagir dans une situation de harcèlement nécessite de connaitre les mécanismes relationnels entre les sujets.

Même s'il n'arrive pas à l'exprimer, un enfant harcelé pressent de quoi sont capables ses intimidateurs. S'il vous demande de ne pas agir, c'est qu'il connait les représailles dont il fera l'objet. Il sait de quoi est capable le groupe, et il n'est pas prêt à traverser cela. Par ailleurs, avoir un parent qui débarque au collège laisse entendre qu'il n'est pas capable de se défendre seul, qu'il est faible, et cela renforce sa position de "victime" aux yeux des autres.

J'ajouterai que tous les collèges ne sont pas formés à la prise en charge du harcèlement, et peuvent empirer une situation malgré eux.


Comme évoqué dans mon article "Que dire à mon enfant qui est harcelé",

prendre le temps d'écouter un enfant qui se confie à vous, vous montrer compatissant et compréhensif, le rassurer en précisant que vous ne ferez rien sans son accord, (et vous y tenir), est un début très prometteur pour la résolution du problème. Il n'est plus seul, il a moins honte, et la peur peut même diminuer. A ce stade certains enfants parviennent à changer de posture face au groupe, ce qui peut avoir un effet très bénéfique.

Lorsqu'il n'y parvient pas, ou si vous ne pensez pas être la bonne personne pour cela, n'hésitez surtout pas à faire appel à un tiers, spécialisé au contexte du harcèlement scolaire.

Elsa

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